AMBASSADE D'UKRAINE EN REPUBLIQUE DU SENEGAL

Kyiv 09:35

Interview de l'Ambassadeur d'Ukraine Andriy Zayats au "Sud Quotidien" (Sénégal)

02 janvier 2013, 16:39

 Ambassadeur d’Ukraine au Sénégal, Son Excellence, M. Andriy Zayats, se prononce sur la coopération entre les deux pays. Il encourage par ailleurs le Sénégal à initier un cadre législatif plus incitatif pour l’investissement privé dans le secteur de l’énergie.

 Son Excellence aborde aussi la question des droits de l’homme en Ukraine, avec notamment l’emprisonnement de l’opposante historique, l'ancien premier ministre Mme Youlia Tymoshenko et  les relations avec la Russie. 

SE MR ANDRIY ZAYATS, AMBASSADEUR D’UKRAINE AU SENEGAL

« Nous sommes confiants dans le futur de nos relations »

 

Publié le 31/12/2012 | 01H09 GMT par Cheikh Tidiane MBENGUE

Ambassadeur d’Ukraine au Sénégal, son Excellence, M. Andriy Zayats, se prononce sur la coopération entre les deux pays. Il encourage par ailleurs le Sénégal à initier un cadre législatif plus incitatif pour l’investissement privé dans le secteur de l’énergie.

Son Excellence aborde aussi la question des droits de l’homme en Ukraine, avec notamment l’emprisonnement de l’opposante historique, l'ancien premier ministre Mme Youlia Tymoshenko et  les relations avec la Russie.

 

- Comment se portent les relations diplomatiques entre le Sénégal et l’Ukraine ?

- Nos Etats qui n’ont noué des relations diplomatiques que depuis novembre 1992 et, il faut le reconnaître, se connaissaient très peu. La coopération bilatérale était au début, très modeste. Elle a commencé à prendre de l’élan depuis trois ans, exactement depuis le mois de décembre 2009 lorsque, le premier Ambassadeur non-résident d’Ukraine a été accrédité à Dakar.

Cela a insufflé à nos relations une dynamique toute nouvelle, avec des visites officielles, des missions économiques, et le lancement de plusieurs projets. De vraies opportunités de coopération bilatérale ont vu le jour et incité le gouvernement ukrainien à ouvrir une ambassade à Dakar. Depuis le 1er août 2012, l’Ambassade d’Ukraine à Dakar est pleinement fonctionnelle. Le choix du Sénégal s’explique par son rôle très important en Afrique de l’Ouest et sur le continent. Nous le considérons comme une plateforme optimale de notre présence et comme une « porte d’entrée » dans la sous région.

Actuellement nous nous attelons à la présentation des Lettres de Créance par l’Ambassadeur du Sénégal en Ukraine avec résidence à Berlin qui a déjà été nommé.

 

- Quels sont les axes sur lesquels vont porter votre coopération?

- Je ne dévoilerai pas un secret en disant que les raisons de l’établissement de notre Ambassade sont d’abord économiques. L’Ukraine qui dispose d’une industrie et d’un secteur agraire de pointe, compte pouvoir transférer ses technologies et son savoir-faire pour contribuer à la croissance économique du Sénégal. Dans cette optique, nous considérons votre pays comme une plateforme régionale de présence économique avec nos entreprises sur place.

 

- Quelle expérience comptez-vous partager avec le Sénégal ?

- Aucune expérience nationale, fût-elle la plus réussie, ne pourrait être mécaniquement transposée dans un contexte étranger. Nous pensons toutefois que l’expérience ukrainienne dans le domaine de la libéralisation du marché de production et de distribution de l’énergie électrique serait utile au Sénégal, dans le cadre de la réflexion que votre gouvernement mène actuellement. Il y a 20 ans, ce secteur était en Ukraine déficitaire et au bord de la faillite. Actuellement, nous exportons de l’électricité dans les pays voisins. En décembre 2011, l’Ukraine a mis en service la plus grande centrale photovoltaïque au monde pour une puissance installée de 105 MW. Nous avons fait des propositions de coopération au Sénégal où le niveau d’ensoleillement est nettement supérieur à celui de notre pays. De notre point de vue, le Sénégal gagnerait à initier un cadre législatif plus incitatif pour l’investissement privé dans ce secteur.

 

- Quel est le volume des échanges déjà réalisé entre les deux pays, et dans quels domaines ?

- Le volume de nos échanges commerciaux a plus que triplé depuis 2000,  pour atteindre 50 milliards de francs CFA en 2011. Il faut toutefois reconnaître que les exportations sénégalaises vers l’Ukraine n’ont pas dépassé 100 millions de francs. C’est dire que beaucoup reste à faire. Savez-vous, par exemple, que l’essentiel du fer à béton et une grande partie des engrais agricoles que l’on retrouve au Sénégal sont de production ukrainienne ? Cette année l’Ukraine a commencé à exporter vers le Sénégal du blé et des produits laitiers. Les contacts directs entre les entreprises des deux pays se sont multipliés après l’établissement de l’Ambassade. Ils ont permis de s’attaquer au principal frein à la coopération entre Kiev et Dakar. Deux entreprises ukrainiennes viennent de s’installer à Dakar dans le secteur des matériaux de construction et de la production des meubles. Nous sommes confiants dans le futur des relations.

 

- L’Ukraine renvoie aussi à la triste et mémorable catastrophe de Tchernobyl. Quelles sont les mesures qui ont été prises pour une meilleure maîtrise de la question nucléaire ?

- La tragédie de Tchernobyl en 1986 a clairement démontré au monde entier l’incapacité du système soviétique à maîtriser les risques nucléaires. Depuis son Indépendance en 1991, l’Ukraine n’a pas renoncé à l’utilisation du nucléaire qui est la source de 47,4% de l’énergie électrique produite dans le pays en 2011. L’adhésion aux normes de l’Agence internationale de l’énergie atomique (AIEA) a permis à mon pays de se mettre rapidement aux normes internationales en la matière, ce qui est contrôlé régulièrement par des experts internationaux. Depuis, pas un seul incident majeur n’a été enregistré sur nos centrales nucléaires. D’autre part, le traumatisme provoqué il y a plus de 26 ans par la catastrophe de Tchernobyl a responsabilisé les dirigeants de l’Ukraine indépendante. C’est  l’unique pays au monde à se débarrasser, de sa propre initiative, de ce qui constituait le deuxième plus important arsenal d’armes nucléaires dont elle avait hérité avec la dislocation de l’Union Soviétique. Aucun autre pays n’a voulu suivre cet exemple.

 

- Pouvez-vous évoquer le cas de l’ex Premier ministre, Youlia Tymoshenko, toujours incarcérée et qui observait dernièrement une grève de la faim ?

- C’est un thème qui est trop médiatisé et politisé, à mon sens. La vérité est que Mme Tymoshenko a été condamnée à 7 ans de prison ferme pour abus de pouvoir, lequel s’est manifesté par le non-respect de la procédure lors de la signature des contrats gaziers avec la Russie, début 2009. Elle a pris la décision de signer les contrats sans que le gouvernement en délibère et prenne une décision collective, ce que la loi requiert. Ainsi l’Ukraine s’est retrouvée liée pour 10 ans par accord très désavantageux à son égard. Le gaz russe étant le plus cher dans toute l’Europe, ceci nous oblige à acheter le double de nos besoins réels sans pouvoir diminuer les volumes nécessaires. Ce sont des énormes pertes pour l’économie. Doit-on chercher et punir le responsable ? Certainement. En ce qui concerne la santé de Mme Tymoshenko, depuis le mois de mai, elle l a été transférée dans un des meilleurs hôpitaux du pays. Et pour parer à toutes les spéculations, il a été décidé que les médecins étrangers de son choix assureront ses soins.

 

- L’opinion internationale s’est tout même alarmée  de la situation des Droits de l’homme dans votre pays. Qu’en dites-vous ?

- Depuis 21 ans qu’elle a accédé à la souveraineté internationale, l’Ukraine a fait d’énormes progrès. Quatre présidents se sont succédés à la tête de l’Etat, sans que les élections provoquent des conflits autres que politiques. Même pendant ce qu’on a appelé « la Révolution Orange », il n’y a pas eu un seul blessé ou même l’arrestation d’une personnalité politique. La liberté de la presse est réelle, le multipartisme effectif, la liberté de conscience respectée. Il y’a en outre au titre des acquis démocratiques parmi les plus significatifs, le contrôle civil sur les Forces armées, le respect des Droits de l’enfant, etc.   Lors de la revue périodique que le Conseil des Droits de l’homme effectue régulièrement dans tous les pays, l’Ukraine a présenté son rapport national fin octobre. La discussion nous a permis de mieux recentrer nos priorités dans ce domaine. Des progrès restent à faire, il est vrai. Ce qui est d’ailleurs valable pour tous les pays, avec bien sûr des niveaux de performances différents.

 

- Le maintien en détention de l’ex Premier Ministre ne risque-t-il pas de retarder votre entrée à l’UE qui précisément,  fustige votre politique en matière des Droits de l’homme ?

- Je ne pense pas que toute une nation peut être otage d’un cas particulier. D’ailleurs l’Union européenne ne fustige pas notre politique en matière des Droits de l’homme, comme vous venez de le dire. Nous avons toujours mené avec l’Europe un dialogue très fructueux.  Le dialogue dans le respect mutuel caractérise nos relations, et nous en sommes fiers. Très prochainement, Bruxelles accueillera le Sommet Ukraine-UE qui a lieu tous les 2 ans. Nous avons terminé avec succès nos négociations sur l’Accord d’association politique et la création d’une zone de libres échanges qui devra être signé avant fin 2013. Ce document de près de mille pages est capital pour le futur de l’Ukraine et pour le futur de l’Union Européenne.

 

- Qu’en est-il de vos relations avec la Russie et des autres Etats de l’ex-URSS ?

- La Russie est notre voisine. L’histoire dramatique de l’Ukraine est due en premier lieu à sa position géographique, entre la Russie et l’Europe, entre l’Ouest et l’Est. Aujourd’hui, nous avons réussi à la mettre à profit. L’Ukraine est un pont entre l’Ouest et l’Est et non une ligne de division comme naguère. Nous voulons voir en Russie une nation forte, à la hauteur de ses talents, respectueuse des principes de Droits de l’Homme et de l’économie de marché. Je suis convaincu que nos amis Russes ont les mêmes intérêts.

Source:  | Sud Quotidien

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